Chapitre 21 · 12 min de lecture
Le but suprême de la prière
« Je m’en vais au Père. Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. » — Jean 14:13.
AFIN QUE le Père soit glorifié dans le Fils : c’est à cette fin que Jésus, sur son trône dans la gloire, fera tout ce que nous demandons en son nom. Chaque réponse à la prière qu’il accorde aura cela pour objet : lorsqu’il n’y a aucune perspective d’atteindre cet objet, il ne répondra pas. Il s’ensuit tout naturellement que cela doit être pour nous, comme pour Jésus, l’élément essentiel de nos requêtes : la gloire du Père doit être le but et la fin, l’âme même et la vie de notre prière.
Il en fut ainsi pour Jésus lorsqu’il était sur la terre. « Je ne cherche point ma propre gloire : je cherche la gloire de celui qui m’a envoyé ; » dans de telles paroles, nous avons la note dominante de sa vie. Dès les premiers mots de la prière sacerdotale, il l’exprime : Père ! Glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie. « Je t’ai glorifié sur la terre ; glorifie-moi auprès de toi-même. » Le fondement sur lequel il demande à être élevé dans la gloire qu’il avait auprès du Père est double : il l’a glorifié sur la terre ; il le glorifiera encore dans le ciel. Ce qu’il demande n’est que de pouvoir glorifier davantage le Père. C’est à mesure que nous entrons en communion avec Jésus sur ce point, et que nous lui faisons plaisir en faisant nous aussi de la gloire du Père notre objet principal dans la prière, que notre prière ne peut manquer d’être exaucée. Il n’est rien dont le Fils bien-aimé ait dit plus distinctement que cela glorifiera le Père que ceci : qu’il fasse ce que nous demandons ; c’est pourquoi il ne laissera échapper aucune occasion d’assurer cet objet. Faisons nôtre son but : que la gloire du Père soit le lien entre notre demande et son action : une telle prière doit prévaloir.
Cette parole de Jésus vient en effet comme une épée acérée à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager l’âme et l’esprit, et prompte à discerner les pensées et les intentions du cœur. Jésus, dans ses prières sur la terre, dans son intercession dans le ciel, dans sa promesse de répondre de là à nos prières, fait de ceci son objet premier : la gloire de son Père. En est-il de même pour nous aussi ? Ou bien l’intérêt propre et la volonté propre ne sont-ils pas, dans une large mesure, les mobiles les plus puissants qui nous poussent à prier ? Ou, si nous ne pouvons voir qu’il en est ainsi, ne devons-nous pas reconnaître que le désir net et conscient de la gloire du Père n’est pas ce qui anime nos prières ? Et pourtant il doit en être ainsi.
Non que le croyant ne le désire parfois. Mais il doit se lamenter d’y être si peu parvenu. Et il connaît aussi la raison de son échec. C’était parce que la séparation entre l’esprit de la vie quotidienne et l’esprit de l’heure de la prière était trop grande. Nous commençons à voir que le désir de la gloire du Père n’est pas quelque chose que nous puissions éveiller et présenter à notre Seigneur quand nous nous préparons à prier. Non ! c’est seulement lorsque la vie tout entière, dans toutes ses parties, est livrée à la gloire de Dieu, que nous pouvons vraiment prier aussi pour sa gloire. « Faites tout pour la gloire de Dieu », et : « Demandez tout pour la gloire de Dieu » — ces deux commandements jumeaux sont inséparables : l’obéissance au premier est le secret de la grâce pour le second. Une vie à la gloire de Dieu est la condition des prières que Jésus peut exaucer, « afin que le Père soit glorifié ».
Cette exigence liée à la prière qui l’emporte — qu’elle soit à la gloire de Dieu — n’est que juste et naturelle. Nul n’est glorieux que le Seigneur : il n’est de gloire que la sienne, et celle qu’il dépose sur ses créatures. La création existe pour manifester sa gloire ; tout ce qui n’est pas pour sa gloire est péché, ténèbres et mort : ce n’est que dans la glorification de Dieu que les créatures peuvent trouver la gloire. Ce que le Fils de l’homme a fait, se donner tout entier, donner toute sa vie pour glorifier le Père, n’est rien que le simple devoir de tout racheté. Et la récompense de Christ sera aussi la sienne. Parce qu’il s’est donné si entièrement à la gloire du Père, le Père l’a couronné de gloire et d’honneur, remettant le royaume entre ses mains, avec le pouvoir de demander ce qu’il veut et, comme Intercesseur, de répondre à nos prières. Et à mesure que nous devenons un avec Christ en ceci, et que notre prière fait partie d’une vie entièrement abandonnée à la gloire de Dieu, le Sauveur pourra glorifier le Père envers nous par l’accomplissement de la promesse : « Tout ce que vous demanderez, je le ferai. »
À une telle vie, ayant la gloire de Dieu pour unique but, nous ne pouvons parvenir par aucun effort qui nous soit propre. Ce n’est que dans l’homme Jésus-Christ qu’une telle vie peut se voir : c’est en lui qu’elle se trouve pour nous. Oui, béni soit Dieu ! Sa vie est notre vie ; il s’est donné lui-même pour nous ; lui-même est maintenant notre vie. La découverte, la confession et le renoncement au moi, comme usurpateur de la place de Dieu, à la recherche de soi et à la confiance en soi, sont essentiels, et pourtant c’est ce que nous ne pouvons accomplir par notre propre force. C’est l’entrée et la demeure, la Présence et le Règne dans le cœur, de notre Seigneur Jésus qui a glorifié le Père sur la terre et qui est maintenant glorifié avec lui, afin que de là il le glorifie en nous ; — c’est Jésus lui-même entrant en nous, qui peut chasser toute glorification de soi et nous donner à la place sa propre vie et son propre Esprit qui glorifient Dieu. C’est Jésus, qui aspire à glorifier le Père en exauçant nos prières, qui nous enseignera à vivre et à prier pour la gloire de Dieu.
Et quel mobile, quelle puissance y a-t-il qui puisse presser nos cœurs paresseux de se livrer à notre Seigneur pour qu’il opère cela en nous ? Assurément, il ne faut rien de plus que de voir combien le Père est glorieux, combien lui seul est digne de gloire. Que notre foi apprenne, dans une adoration éperdue, à se prosterner devant lui, à lui attribuer à lui seul le royaume, la puissance et la gloire, à se livrer pour demeurer dans sa lumière, lui l’Être éternellement béni, éternellement aimant. Assurément, nous serons poussés à dire : « À lui seul soit la gloire. » Et nous regarderons à notre Seigneur Jésus avec une intensité nouvelle de désir d’une vie qui refuse de voir ou de chercher rien d’autre que la gloire de Dieu. Lorsqu’il n’y a que peu de prière qui puisse être exaucée, le Père n’est pas glorifié. C’est un devoir, pour la gloire de Dieu, de vivre et de prier de telle sorte que notre prière puisse être exaucée. Pour l’amour de la gloire de Dieu, apprenons à bien prier.
Quelle pensée humiliante que, si souvent, il y ait une prière fervente pour un enfant ou un ami, pour une œuvre ou un cercle, où la pensée de notre joie ou de notre plaisir était bien plus forte qu’aucun élan vers la gloire de Dieu. Il n’est pas étonnant qu’il y ait tant de prières sans réponse : voici le secret. Dieu ne saurait être glorifié lorsque cette gloire n’était pas notre objet. Celui qui veut prier la prière de la foi devra se donner à vivre littéralement de telle sorte que le Père soit en toutes choses glorifié en lui. Tel doit être son but : sans cela, il ne peut y avoir la prière de la foi. « Comment pouvez-vous croire, » dit Jésus, « vous qui tirez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez point la gloire qui vient de Dieu seul ? » Toute recherche de notre propre gloire auprès des hommes rend la foi impossible : c’est le sacrifice de soi profond et intense, qui renonce à sa propre gloire et ne cherche que la gloire de Dieu, qui éveille dans l’âme cette sensibilité spirituelle au Divin, qui est la foi. L’abandon à Dieu pour chercher sa gloire, et l’attente qu’il montrera sa gloire en nous exauçant, ne font qu’un à la racine : celui qui cherche la gloire de Dieu la verra dans la réponse à sa prière, et lui seul.
Et comment, demandons-nous encore, y parviendrons-nous ? Commençons par la confession. Combien peu la gloire de Dieu a été une passion qui absorbe tout ; combien peu nos vies et nos prières en ont été remplies. Combien peu avons-nous vécu à la ressemblance du Fils, et en communion avec lui — pour Dieu et sa gloire seuls. Prenons le temps, jusqu’à ce que le Saint-Esprit nous le découvre et que nous voyions combien nous avons manqué en cela. La vraie connaissance et la confession du péché sont le chemin sûr vers la délivrance.
Et puis regardons à Jésus. En lui nous pouvons voir par quelle mort nous pouvons glorifier Dieu. Dans la mort, il l’a glorifié ; par la mort, il a été glorifié avec lui. C’est en mourant, en étant morts à nous-mêmes et vivants pour Dieu, que nous pouvons le glorifier. Et cela — cette mort à soi, cette vie pour la gloire de Dieu — c’est ce que Jésus donne et vit en chacun de ceux qui peuvent se confier en lui pour cela. Que rien de moins que ceci — le désir, la décision de ne vivre que pour la gloire du Père, comme Christ l’a fait ; l’acceptation de lui-même avec sa vie et sa force qui l’opèrent en nous ; l’assurance joyeuse que nous pouvons vivre pour la gloire de Dieu, parce que Christ vit en nous ; — que cela soit l’esprit de notre vie quotidienne. Jésus se porte garant de notre vie ainsi vécue ; le Saint-Esprit est donné, et il attend d’en faire notre expérience, si seulement nous voulons nous confier et le laisser faire ; ô, ne reculons pas par incrédulité, mais prenons avec assurance pour mot d’ordre : Tout à la gloire de Dieu ! Le Père accepte la volonté, le sacrifice lui est agréable ; le Saint-Esprit nous scellera au-dedans par la conscience que nous vivons pour Dieu et pour sa gloire.
Et alors, quelle paix tranquille et quelle puissance il y aura dans nos prières, lorsque nous nous saurons, par sa grâce, en parfaite harmonie avec Celui qui nous dit, quand il promet de faire ce que nous demandons : « afin que le Père soit glorifié dans le Fils. » Notre être tout entier consciemment livré à l’inspiration de la Parole et de l’Esprit, nos désirs ne seront plus les nôtres, mais les siens ; leur but suprême, la gloire de Dieu. Avec une liberté croissante, nous pourrons dire dans la prière : Père ! Tu le sais, nous ne le demandons que pour ta gloire. Et la condition des réponses à la prière, au lieu d’être comme une montagne que nous ne pouvons gravir, ne nous donnera qu’une plus grande confiance d’être exaucés, parce que nous avons vu que la prière n’a pas de beauté ni de félicité plus haute que celle-ci : qu’elle glorifie le Père. Et le précieux privilège de la prière deviendra doublement précieux parce qu’il nous amène en parfaite communion avec le Fils bien-aimé dans le merveilleux partenariat qu’il propose : « Vous demandez, et je fais, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. »
« SEIGNEUR, ENSEIGNE-NOUS À PRIER. »
Béni Seigneur Jésus ! Je viens de nouveau à toi. Chaque leçon que tu me donnes me convainc plus profondément combien je sais peu prier comme il faut. Mais chaque leçon m’inspire aussi l’espérance que tu vas m’enseigner, que tu m’enseignes non seulement à connaître ce que doit être la prière, mais à prier réellement comme je le dois. Ô mon Seigneur ! Je regarde avec courage vers toi, le grand Intercesseur, qui as prié et qui exauces la prière, seulement afin que le Père soit glorifié, pour m’enseigner à moi aussi à vivre et à prier pour la gloire de Dieu.
Sauveur ! À cette fin, je me livre de nouveau à toi. Je voudrais n’être rien. J’ai livré le moi à la mort, comme déjà crucifié avec toi. Par l’Esprit, ses œuvres sont mortifiées et mises à mort ; ta vie et ton amour du Père prennent possession de moi. Un désir nouveau commence à remplir mon âme : que chaque jour, chaque heure, que dans chaque prière la gloire du Père soit tout pour moi. Ô mon Seigneur ! Je suis dans ton école pour apprendre cela : enseigne-le-moi toi-même.
Et toi, Dieu de gloire, Père de gloire, mon Dieu et mon Père, accepte le désir d’un enfant qui a vu que ta gloire seule vaut vraiment la peine qu’on vive pour elle. Ô Seigneur ! Montre-moi ta gloire. Qu’elle me couvre de son ombre. Qu’elle remplisse le temple de mon cœur. Que j’y demeure telle qu’elle est révélée en Christ. Et accomplis toi-même en moi ton bon plaisir, afin que ton enfant trouve sa gloire à chercher la gloire de son Père. Amen.
Voyez, dans la note sur George Muller, à la fin de ce volume, comment il fut amené à faire de la gloire de Dieu son objet premier.
Chapitre 21 terminé
Le but suprême de la prière