Chapitre 2 · 10 min de lecture
Le secret de la rédemption
« Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom. » Philippiens 2:5-9.
Aucun arbre ne peut croître que sur la racine dont il est issu. Tout au long de son existence, il ne peut vivre que de la vie qui était dans la semence qui lui donna l’être. La pleine intelligence de cette vérité, dans son application au premier et au second Adam, nous aide à comprendre à la fois le besoin et la nature de la rédemption en Jésus. Lorsque l’antique Serpent — celui qui avait été précipité du ciel à cause de son orgueil, et dont toute la nature de diable n’était qu’orgueil — souffla ses paroles de tentation à l’oreille d’Ève, ces paroles portaient avec elles le poison même de l’enfer.
Lorsqu’elle prêta l’oreille et livra son désir et sa volonté à la perspective d’être comme Dieu, connaissant le bien et le mal, le poison entra dans son âme, dans son sang et dans sa vie, détruisant à jamais cette bienheureuse humilité et cette dépendance à l’égard de Dieu qui eussent fait notre bonheur éternel. À cause de cela, sa vie et la vie de la race issue d’elle furent corrompues jusqu’à leur racine même par l’orgueil propre de Satan, le plus terrible de tous les péchés et de toutes les malédictions.
Toute la misère dont ce monde a été le théâtre, toutes ses guerres et l’effusion de sang parmi les nations, son égoïsme et ses souffrances, ses ambitions et ses jalousies, ses cœurs brisés et ses vies aigries, avec tout son malheur quotidien, ont leur origine dans ce que cet orgueil maudit et infernal — le nôtre ou celui d’autrui — nous a apporté. C’est l’orgueil qui rend la rédemption nécessaire. C’est de notre orgueil que nous avons besoin d’être rachetés. L’intelligence que nous aurons du besoin de la rédemption dépendra en grande partie de notre connaissance de la nature terrible de la puissance qui est entrée dans notre être. La puissance que Satan a apportée de l’enfer et jetée dans la vie de l’homme agit chaque jour, à chaque heure, avec une force redoutable, par tout le monde. Les hommes en souffrent, ils la craignent, la combattent et la fuient ; pourtant ils ne savent ni quand elle vient, ni quand elle exerce sa terrible suprématie.
Il n’est pas étonnant qu’ils ne sachent ni où ni comment il faut en triompher. L’orgueil a sa racine et sa force dans une terrible puissance spirituelle, hors de nous aussi bien qu’au-dedans de nous ; et s’il est nécessaire que nous le confessions et le déplorions comme bien nôtre, il l’est aussi de le connaître dans son origine satanique. Si cela nous conduit à désespérer entièrement de jamais le vaincre ou le chasser, cela nous mènera d’autant plus tôt à cette puissance surnaturelle en laquelle seule se trouve notre délivrance : la rédemption de l’Agneau de Dieu. La lutte sans espoir contre les œuvres du moi et de l’orgueil au-dedans de nous peut certes devenir plus désespérée encore lorsque nous pensons à la puissance des ténèbres qui est derrière tout cela ; mais ce désespoir total nous rendra d’autant plus aptes à reconnaître et à accepter une puissance et une vie hors de nous-mêmes aussi, à savoir l’humilité du ciel, abaissée et rendue proche par l’Agneau de Dieu, pour chasser Satan et son orgueil.
Aucun arbre ne peut croître que sur la racine dont il est issu. De même qu’il nous faut regarder au premier Adam et à sa chute pour connaître la puissance du péché au-dedans de nous, il nous faut bien connaître le second Adam et sa puissance de produire en nous une vie d’humilité aussi réelle, aussi permanente et aussi dominatrice que l’a été celle de l’orgueil. Nous tenons notre vie de Christ et en Christ, aussi véritablement — oui, plus véritablement — que d’Adam et en Adam. Nous devons marcher « enracinés en lui », tenant ferme le Chef, de qui le corps tout entier tire l’accroissement que Dieu donne.
La vie de Dieu, qui, dans l’incarnation, entra dans la nature humaine, est la racine en laquelle nous devons nous tenir et croître ; c’est la même puissance toute-puissante qui agit là, et de là jusqu’à la résurrection, qui agit chaque jour en nous. Notre unique besoin est d’étudier, de connaître et d’avoir confiance en cette vie qui a été révélée en Christ comme la vie qui est désormais nôtre, et qui attend notre consentement pour prendre possession et maîtrise de tout notre être.
Dans cette perspective, il est d’une importance inconcevable que nous ayons de justes pensées sur ce qu’est Christ, sur ce qui le constitue vraiment le Christ, et surtout sur ce que l’on peut tenir pour son caractère principal, la racine et l’essence de tout ce qu’il est comme notre Rédempteur. Il ne peut y avoir qu’une seule réponse : c’est son humilité. Qu’est-ce que l’incarnation, sinon son humilité céleste, le fait de se dépouiller lui-même et de devenir homme ? Qu’est-ce que sa vie sur la terre, sinon l’humilité, le fait de prendre une forme de serviteur ? Et qu’est-ce que son expiation, sinon l’humilité ? « Il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant » (Philippiens 2:8). Et qu’est-ce que son ascension et sa gloire, sinon l’humilité élevée sur le trône et couronnée de gloire ? « C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé » (Philippiens 2:9). Dans le ciel, où il était avec le Père, dans sa naissance, dans sa vie, dans sa mort, dans le fait qu’il siège sur le trône, tout n’est rien qu’humilité.
Christ est l’humilité de Dieu incarnée dans la nature humaine, l’Amour éternel s’humiliant lui-même, se revêtant du vêtement de la douceur et de la mansuétude pour nous gagner, nous servir et nous sauver. De même que l’amour et la condescendance de Dieu le font le bienfaiteur, le secours et le serviteur de tous, ainsi Jésus était nécessairement l’Humilité faite chair. Ainsi est-il encore, au milieu du trône, l’Agneau de Dieu doux et humble. Si telle est la racine de l’arbre, sa nature doit se voir en chaque branche, en chaque feuille et en chaque fruit.
Si l’humilité est la première grâce, celle qui embrasse toutes les autres dans la vie de Jésus, si l’humilité est le secret de son expiation, alors la santé et la force de notre vie spirituelle dépendront entièrement de ce que nous placions, nous aussi, cette grâce en premier, faisant de l’humilité ce que nous admirons avant tout en lui, ce que nous lui demandons avant tout, la seule chose pour laquelle nous sacrifions tout le reste. Faut-il s’étonner que la vie chrétienne soit si souvent faible et stérile, quand la racine même de la vie de Christ est négligée, méconnue ? Faut-il s’étonner que la joie du salut soit si peu ressentie, quand ce que Christ a trouvé et apporte est si peu recherché ? Tant qu’une humilité qui se reposera dans la fin et la mort du moi, qui renoncera à tout honneur des hommes comme Jésus l’a fait, pour chercher l’honneur qui vient de Dieu seul, qui absolument se fait et se compte pour rien, afin que Dieu soit tout, afin que le Seigneur seul soit exalté — tant qu’une telle humilité ne sera pas ce que nous cherchons en Christ par-dessus notre joie la plus chère, et que nous accueillons à tout prix, il y a bien peu d’espoir de voir une religion qui conquière le monde.
Je ne saurais trop instamment supplier mon lecteur — si peut-être son attention n’a jamais encore été spécialement dirigée vers le manque d’humilité au-dedans de lui ou autour de lui — de s’arrêter et de se demander s’il voit beaucoup de l’esprit du doux et humble Agneau de Dieu chez ceux qui sont appelés de son nom.
Qu’il considère comment tout manque d’amour, toute indifférence aux besoins, aux sentiments et à la faiblesse d’autrui, tous les jugements et les paroles âpres et précipités, si souvent excusés sous couvert de droiture et de franchise.
Toutes les manifestations d’humeur, de susceptibilité et d’irritation, tous les sentiments d’amertume et d’éloignement ont leur racine dans l’orgueil qui se cherche toujours lui-même. Ses yeux s’ouvriront pour voir comment un orgueil sombre et diabolique se glisse presque partout, sans en excepter les assemblées des saints. Qu’il commence à se demander quel serait l’effet si, en lui-même et autour de lui, envers les frères dans la foi et envers le monde, les croyants étaient réellement et constamment conduits par l’humilité de Jésus. Qu’il dise si le cri de tout notre cœur, nuit et jour, ne devrait pas être : « Oh ! l’humilité de Jésus, en moi-même et en tous ceux qui m’entourent ! »
Qu’il fixe honnêtement son cœur sur son propre manque de l’humilité qui a été révélée dans la ressemblance de la vie de Christ et dans tout le caractère de sa rédemption, et il commencera à sentir comme s’il n’avait encore jamais vraiment connu ce que sont Christ et son salut. Croyant ! Étudie l’humilité de Jésus. C’est là le secret, la racine cachée de ta rédemption. Enfonce-toi en elle plus profondément de jour en jour.
Crois de tout ton cœur que ce Christ, que Dieu t’a donné, de même que sa divine humilité a accompli l’œuvre pour toi, entrera aussi pour habiter et agir au-dedans de toi, et faire de toi ce que le Père voudrait que tu sois.
NOTE B. Nous avons besoin de savoir deux choses. La première, c’est que notre salut consiste tout entier à être sauvés de nous-mêmes, c’est-à-dire de ce que nous sommes par nature ; la seconde, c’est que, dans toute la nature des choses, rien ne pouvait être ce salut ni ce sauveur pour nous, sinon une humilité de Dieu telle qu’elle passe toute expression.
De là, la première condition immuable que le Sauveur pose à l’homme déchu. « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive » (Matthieu 16:24). Le moi est tout le mal de la nature déchue, tandis que le renoncement à soi-même est notre capacité d’être sauvés. L’humilité est notre sauveur, au lieu que le moi est la racine, les branches et l’arbre de tout le mal de notre état déchu. Tous les maux des anges et des hommes déchus prennent naissance dans l’orgueil du moi. À l’inverse, toutes les vertus de la vie céleste sont les vertus de l’humilité.
C’est l’humilité seule qui creuse l’abîme infranchissable entre le ciel et l’enfer.
Qu’y a-t-il donc, et où réside le grand combat pour la vie éternelle ? Tout réside dans la lutte entre l’orgueil et l’humilité. L’orgueil et l’humilité sont les deux puissances maîtresses, les deux royaumes en lutte pour la possession éternelle de l’homme. Il n’y eut jamais, et il n’y aura jamais, qu’une seule humilité : celle de Christ. L’orgueil et le moi sont tout l’homme, jusqu’à ce que l’homme reçoive tout de Christ. Aussi celui-là seul combat-il le bon combat dont la lutte tend à ce que la nature idolâtre d’elle-même, qu’il tient d’Adam, soit mise à mort par l’humilité surnaturelle de Christ rendue vivante en lui.