Saint en Christ ·Sainteté et humilité

Chapitre 14 · 12 min de lecture

Sainteté et humilité

« Ainsi parle le Très-Haut, dont la demeure est éternelle et dont le nom est saint : J’habite dans les lieux élevés et dans la sainteté ; mais je suis avec l’homme contrit et humilié, afin de ranimer les esprits humiliés, afin de ranimer les cœurs contrits. » — Ésaïe 57:15.

Bien merveilleuse est la révélation que nous avons en Ésaïe de Dieu, le Saint, comme le Rédempteur et le Sauveur de son peuple. Au milieu du peuple qu’il a créé et formé pour lui-même, il habitera comme le Saint, manifestant sa puissance et sa gloire, le remplissant de joie et d’allégresse. Toutes ces promesses, cependant, se rapportent au peuple dans son ensemble. Notre texte d’aujourd’hui révèle un trait nouveau et particulièrement beau de la Sainteté divine dans sa relation avec l’individu. Le Très-Haut, dont le nom est saint et dont l’unique demeure digne de lui est l’éternité, regarde l’homme au cœur humble et contrit ; c’est avec lui qu’il habitera. La Sainteté de Dieu est son Amour condescendant. De même qu’elle est un feu dévorant contre tous ceux qui s’élèvent devant lui, elle est pour l’esprit de l’humble comme l’éclat du soleil, ranimant le cœur et donnant la vie.

La profonde signification de cette promesse ressort clairement lorsque nous la rapprochons des autres promesses des temps du Nouveau Testament. Le grand trait de la Nouvelle Alliance, dans sa supériorité sur l’ancienne, est celui-ci : alors que, dans la loi et ses institutions, tout était extérieur, dans la Nouvelle le royaume de Dieu serait au-dedans. Les lois de Dieu données et écrites dans le cœur, un esprit nouveau mis en nous, l’Esprit même de Dieu donné pour habiter dans notre esprit, et ainsi le cœur et la vie intérieure rendus aptes à être le temple et la demeure de Dieu : voilà ce qui constitue le privilège particulier du ministère de l’Esprit. Notre texte est peut-être le seul de l’Ancien Testament où cette habitation du Saint, non seulement au milieu du peuple, mais dans le cœur du croyant individuel, soit clairement mise en lumière. En lui, les deux aspects de la Sainteté divine atteindraient leur pleine manifestation : j’habite dans les lieux élevés et dans la sainteté, et aussi avec l’homme contrit et humilié. Dans son ciel d’en haut, le lieu haut et élevé, et dans notre cœur, contrit et humble, Dieu a sa demeure. La Sainteté de Dieu est sa gloire, qui le sépare par une distance infinie, non seulement du péché, mais même de la créature, l’élevant bien au-dessus d’elle. La Sainteté de Dieu est son Amour, qui l’abaisse vers le pécheur, afin de l’élever dans sa communion et à sa ressemblance, et de le rendre saint comme il est saint. Le Saint cherche l’humble ; l’humble trouve le Saint : telles sont les deux leçons que nous avons à apprendre aujourd’hui.

Le Saint cherche l’humble. Il n’y a rien qui ait pour Dieu un tel attrait, rien qui ait avec la sainteté une telle affinité, qu’un esprit contrit et humble. La raison en est évidente. Il n’est pas, dans le monde naturel ni dans le monde spirituel, de loi plus simple que celle-ci : deux corps ne peuvent au même instant occuper le même espace. Le nouvel occupant ne peut réellement posséder que ce qu’il parvient à chasser de ce dont l’espace était rempli. Dans l’homme, le moi est en possession, et la volonté propre a la maîtrise, et il n’y a point de place pour Dieu. Il est tout simplement impossible que Dieu habite ou règne lorsque le moi est sur le trône. Aussi longtemps que, par l’influence aveuglante du péché et de l’amour de soi, le croyant même n’a pas vraiment conscience de la mesure dans laquelle règne cette volonté propre, il ne peut y avoir ni contrition ni humilité véritables. Mais quand elle est découverte par l’Esprit de Dieu, et que l’âme voit comment c’est précisément le moi qui a secrètement tenu Dieu au-dehors, avec quelle honte elle est brisée, et combien elle aspire à rompre entièrement avec le moi, afin que Dieu ait sa place ! C’est ce brisement, et ce continuel brisement, qu’exprime le mot contrition. Et lorsque l’âme voit quelle folie et quelle faute ce fut, par son secret culte du moi, de tenir le Saint éloigné de la place à laquelle lui seul a droit, et qu’il aurait remplie d’une si grande bénédiction, elle se jette dans un total abaissement d’elle-même, avec le seul désir de n’être rien et de donner à Dieu la place et la louange qui lui sont dues.


Un tel brisement et une telle humiliation sont douloureux. Leur intense réalité consiste en ceci : l’âme ne peut rien voir en elle-même où mettre sa confiance ou son espérance. Et moins encore peut-elle imaginer qu’elle soit un objet de complaisance divine, ou un vase propre à la bénédiction divine. Et pourtant, c’est précisément là le message que la Parole du Seigneur apporte à notre foi. Elle nous dit que le Saint, qui habite dans le lieu haut et élevé, cherche et se prépare une demeure ici-bas, sur cette terre. Elle nous dit — ce que le vraiment contrit et humble n’aurait jamais pu imaginer, et qu’aujourd’hui encore il peine à croire — que c’est même, que c’est uniquement avec de tels hommes qu’il habitera. Ce sont ceux-là en qui Dieu peut être glorifié, en qui il y a de la place pour qu’il prenne la place du moi et remplisse de lui-même l’espace vidé. Le Saint cherche l’humble. Au moment même où nous voyons qu’il n’y a rien en nous à admirer ou où reposer, Dieu voit en nous tout à admirer et où reposer, parce qu’il y a de la place pour lui-même. L’humble est la demeure du Saint.

L’humble trouve le Saint. Au moment même où la conscience du péché et de la faiblesse, et la découverte de tout ce qu’il y a de moi en toi, te font craindre de ne jamais pouvoir être saint, le Saint se donne lui-même. Non pas tandis que tu regardes à toi-même et cherches à savoir si tu es maintenant assez contrit et humble — non, mais lorsque, ne regardant plus à toi-même parce que tu as renoncé à tout espoir d’y voir autre chose que le péché, tu lèves les yeux vers le Saint, tu verras que sa promesse est ton unique espérance. C’est par la foi que le Saint est révélé à l’âme contrite. La foi est toujours le contraire de ce que nous voyons et sentons ; elle regarde à Dieu seul. Et elle croit que, dans sa plus profonde conscience de son impureté et dans sa crainte de ne jamais pouvoir être sainte, Dieu, le Saint, qui rend saint, est proche comme Rédempteur et Sauveur. Et elle se contente d’être abaissée, dans la conscience de son indignité et de son vide, tout en se réjouissant de l’assurance que Dieu lui-même prend possession du cœur du contrit et le ranime. Heureuse l’âme qui consent d’emblée à apprendre cette leçon : que, tout du long, ce sera l’expérience simultanée de la faiblesse et de la puissance, du vide et du remplissage, d’une humiliation profonde et réelle, et de l’habitation aussi réelle et tout à fait merveilleuse du Saint.

C’est là, en vérité, le profond mystère de la vie divine. Pour la raison humaine, c’est un paradoxe. Lorsque Paul dit de lui-même : « comme mourants, et voici nous vivons ; comme attristés, et nous sommes toujours joyeux ; comme n’ayant rien, et nous possédons toutes choses », il ne fait qu’exprimer la loi du royaume : à mesure que le moi est déplacé et que l’homme devient rien, Dieu deviendra tout. Côte à côte avec le plus profond sentiment de néant et de faiblesse, le sentiment de richesses infinies et une joie ineffable peuvent remplir le cœur. Si profonde et bénie que devienne l’expérience de la proximité, de la bénédiction, de l’amour, de l’habitation réelle du Saint, ce n’est jamais une habitation dans le vieux moi ; c’est toujours une Présence divine qui humilie le moi afin que Dieu seul soit exalté. La puissance de la mort de Christ, la communion de sa croix, œuvre à chaque instant côte à côte avec la puissance et la joie de sa résurrection. « Quiconque s’abaisse sera élevé » : dans la vie bénie de la foi, l’humiliation et l’exaltation sont simultanées, chacune dépendant de l’autre.

L’humble trouve le Saint ; et lorsqu’il l’a trouvé, cette possession ne fait que l’humilier davantage. Non qu’il n’y ait aucun danger, aucune tentation pour la chair de s’enorgueillir de cette possession ; mais, une fois le danger connu, l’âme humble cherche la grâce de craindre continuellement, d’une crainte qui ne fait que s’attacher plus fermement à Dieu seul. N’imagine jamais un seul instant que tu atteignes un état où le moi ou la chair seraient absolument morts. Non ; par la foi, tu entres et tu demeures dans une communion avec Jésus, en qui ils sont crucifiés ; demeurant en lui, tu es affranchi de leur pouvoir, mais seulement dans la mesure où tu crois et où, en croyant, tu es sorti de toi-même pour habiter en Jésus. C’est pourquoi, plus la grâce de Dieu devient abondante, et plus l’habitation du Saint est bénie, tiens-toi d’autant plus bas. Ton danger est plus grand, mais ton Secours est maintenant plus proche : contente-toi de confesser le danger en tremblant, cela te rendra hardi dans la foi pour revendiquer la victoire.

Croyants qui faites profession de n’être rien et de vous confier en la grâce seule, je vous en prie, écoutez ce message merveilleux. Le Très-Haut, dont le nom est saint, qui habite dans le Lieu saint et qui ne peut habiter nulle part ailleurs que dans un Lieu saint, cherche une demeure ici-bas, sur la terre. La lui donnerez-vous ? Ne vous prosternerez-vous pas dans la poussière, afin qu’il trouve en vous le cœur humble dans lequel il aime à habiter ? Ne voudrez-vous pas croire dès maintenant que même en vous, si bas et si brisés que vous vous sentiez, il prend plaisir à faire sa demeure ? « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! » : c’est avec eux que le Roi habite. Oh, voilà le chemin de la sainteté ! sois humble, et la sainte proximité et présence de Dieu en toi sera ta sainteté. Lorsque tu entends le commandement : Sois saint, comme je suis saint, que la foi revendique la promesse et réponde : Je serai saint, ô Dieu très saint ! si toi, le Saint, tu veux habiter avec moi.

« Soyez saints, comme je suis saint. »

Ô Seigneur ! tu es le Très-Haut, dont le Nom est saint. Et pourtant tu déclares : « J’habite dans les lieux élevés et dans la sainteté, et avec l’homme contrit et humilié. » Oui, Seigneur ! lorsque l’âme prend la place basse et n’a d’elle-même que d’humbles pensées, au point de se sentir n’être rien, tu aimes à venir la consoler, à habiter avec elle et à la ranimer.

Ô mon Dieu ! mon néant de créature m’humilie ; mes nombreuses transgressions m’humilient ; mon péché inné m’humilie ; mais ce qui m’humilie plus que tout, c’est ton infinie condescendance et l’ineffable habitation que tu daignes m’accorder. C’est ta Sainteté, portant notre péché en Christ, ton saint Amour supportant notre péché et consentant à habiter en nous ; ô Dieu ! c’est cet amour qui surpasse toute connaissance qui m’humilie. Je t’en supplie, laisse-le accomplir son œuvre, jusqu’à ce que le moi cache sa tête et s’enfuie devant la présence de ta gloire, et que toi seul sois tout.

Saint Seigneur Dieu ! je te prie de m’humilier. N’allais-tu pas autrefois à la rencontre de tes serviteurs, et ne te montrais-tu pas à eux jusqu’à ce qu’ils tombent sur leur face et soient saisis de crainte ? Tu le sais, mon Dieu ! je n’ai aucune humilité que je puisse t’apporter. En mon Sauveur béni, qui s’est humilié lui-même en prenant la forme d’un serviteur, et jusqu’à la mort de la croix, je me cache. En lui, dans son esprit et à sa ressemblance, je voudrais vivre devant toi. Opère-le toi-même en moi, par le Saint-Esprit qui habite en moi ; et puisque je suis mort au moi en lui, et que sa croix me réduit à rien, que ta sainte habitation me ranime et me vivifie. Amen.

1. Humilité et sainteté. Retiens fermement leur lien intime. L’humilité, c’est prendre la place qui me convient ; la sainteté, c’est donner à Dieu la place qui lui convient. Si je ne suis rien devant lui, et que Dieu soit tout pour moi, je suis dans le chemin sûr de la sainteté. L’humilité est sainteté, parce qu’elle rend toute la gloire à Dieu.

2. « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! » Ces premières paroles du Maître, lorsqu’il ouvrit les lèvres pour proclamer le Royaume, sont souvent les dernières dans le cœur de ses disciples. « Le royaume est dans le Saint-Esprit » : aux pauvres en esprit, à ceux qui savent qu’ils n’ont rien de vraiment spirituel, le Saint-Esprit vient pour être leur vie. Les pauvres en esprit sont le Royaume des Saints : en eux le Saint-Esprit révèle le Roi.

3. Beaucoup s’efforcent d’être humbles devant Dieu, mais devant les hommes ils défendent leurs droits et nourrissent le moi. Souviens-toi que la grande école de l’humilité devant Dieu, c’est d’accepter l’humiliation qui vient des hommes. Christ s’est sanctifié lui-même en acceptant l’humiliation et l’injustice que des hommes méchants firent peser sur lui.

4. L’humilité ne voit jamais sa propre beauté, parce qu’elle refuse de regarder à elle-même : elle ne fait que s’émerveiller de la condescendance du Dieu saint, et se réjouir de l’humilité de Jésus, le Saint de Dieu, notre Saint.

5. Le lien entre la sainteté et l’humilité, c’est l’habitation. Le Très-Haut, dont le nom est saint, habite avec le contrit. Et là où il habite est le Lieu saint.


Quatorzième Jour.

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