Chapitre 11 · 14 min de lecture
La sainteté et la séparation
« Je suis l’Éternel, votre Dieu, qui vous ai séparés des peuples. Vous serez saints pour moi, car je suis saint, moi, l’Éternel ; je vous ai séparés des peuples, afin que vous soyez à moi. » — Lév. 20:24, 26.
« Jusqu’à l’accomplissement des jours pour lesquels il s’est consacré à l’Éternel, il sera saint… Pendant tout le temps de son naziréat, il sera consacré à l’Éternel. » — Nomb. 6:5, 8.
« C’est pour cela que Jésus aussi, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte. Sortons donc pour aller à lui, hors du camp, en portant son opprobre. » — Héb. 13:12, 13.
La séparation n’est pas la sainteté, mais elle en est le chemin. Bien qu’il ne puisse y avoir de sainteté sans séparation, il peut y avoir une séparation qui ne conduit pas à la sainteté. Il est de la plus haute importance de comprendre à la fois la différence et le lien, afin que nous soyons gardés de l’erreur de droite, qui compte la séparation seule pour la sainteté, comme de l’erreur de gauche, qui cherche la sainteté sans la séparation.
Le mot hébreu pour sainteté vient peut-être d’une racine qui signifie séparer. Mais là où nous avons, dans notre traduction, « séparer », « retrancher » ou « mettre à part », nous avons des mots tout à fait différents. Le mot pour saint est employé exclusivement pour exprimer cette idée particulière. Et quoique l’idée de saint inclue toujours celle de séparation, elle est en elle-même quelque chose d’infiniment plus élevé. Il est de grande importance de bien le comprendre, car le fait d’être mis à part pour Dieu, l’abandon à ses droits, le dévouement ou la consécration à son service, sont souvent présentés comme si cela constituait la sainteté. Nous ne saurions trop instamment insister sur la pensée que ce n’est là que le commencement, le préalable : la sainteté elle-même est infiniment plus ; ce n’est pas ce que je suis, ou fais, ou donne, qui est la sainteté, mais ce que Dieu est, donne et fait pour moi. C’est la prise de possession de moi par Dieu qui me rend saint ; c’est la Présence et la gloire de Dieu qui rend véritablement saint. Une étude attentive des paroles de Dieu à Israël nous le rendra clair. Huit fois nous trouvons dans le Lévitique l’expression : « Vous serez saints, car je suis saint. » La sainteté est le plus haut attribut de Dieu, exprimant non seulement sa relation avec Israël, mais son être et sa nature mêmes, son infinie perfection morale. Et bien que ce soit par des étapes très lentes et graduelles qu’il puisse enseigner à l’esprit charnel et obscurci de l’homme ce que cela signifie, dès le commencement il dit à son peuple que son dessein est qu’ils soient semblables à lui — saints parce qu’il est saint et comme il est saint. Me dire que Dieu sépare les hommes pour lui-même, pour qu’ils soient à lui, de même qu’il se donne lui-même pour être à eux, me parle d’une relation qui existe, mais ne me dit rien de la nature réelle de cet Être saint, ni de la valeur essentielle de la sainteté qu’il me communiquera. La séparation n’est que la mise à part et la prise de possession du vase qui doit être purifié et employé ; c’est le fait de le remplir du précieux contenu que nous lui confions qui lui donne sa valeur réelle. La sainteté est le remplissage divin sans lequel la séparation nous laisse vides. La séparation n’est pas la sainteté.
Mais la séparation est essentielle à la sainteté. « Je vous ai séparés des peuples, et vous serez saints. » Tant que je n’ai pas choisi et séparé un vase de ceux qui l’entourent, et, s’il le faut, purifié, je ne puis ni le remplir ni m’en servir. Il faut que je l’aie en main, que j’en aie la pleine et exclusive disposition pour un temps, sinon je n’y verserai pas le lait ou le vin précieux. Et c’est ainsi que Dieu sépara son peuple lorsqu’il le fit monter d’Égypte, qu’il le sépara pour lui-même lorsqu’il lui donna son alliance et sa loi, afin de l’avoir sous son contrôle et sa puissance, pour accomplir son dessein de le rendre saint. Cela, il ne pouvait le faire avant de l’avoir mis à part, et d’avoir éveillé en lui la conscience qu’il était son peuple particulier, tout entier et uniquement à lui, avant de lui avoir aussi appris à se séparer lui-même pour lui. La séparation est essentielle à la sainteté.
L’institution du naziréat confirmera cela, et fera aussi ressortir très clairement ce que signifie la séparation. Israël devait être une nation sainte. Sa sainteté était spécialement figurée dans ses sacrificateurs. Quant à l’Israélite pris individuellement, nulle part dans les livres de Moïse nous ne lisons qu’il fût saint. Mais il y avait des ordonnances par lesquelles l’Israélite qui voulait bien prouver son désir d’être entièrement saint pouvait le faire. Il pouvait se séparer de la vie ordinaire de la nation qui l’entourait, et vivre la vie d’un naziréen, d’un homme mis à part. Cette séparation était acceptée, en ces jours d’ombre et de figure, comme sainteté. « Pendant tout le temps de son naziréat, il sera consacré à l’Éternel. »
La séparation consistait spécialement en trois choses : la tempérance, dans l’abstinence du fruit de la vigne ; l’humiliation, dans le fait de ne pas couper ni raser sa chevelure (« c’est une honte pour l’homme de porter de longs cheveux ») ; le sacrifice de soi, dans le fait de ne pas se souiller, même pour son père ou sa mère, à leur mort. Ce que nous devons surtout remarquer, c’est que la séparation ne portait pas sur des choses illicites, mais sur des choses licites. Il n’y avait rien de coupable en soi à ce qu’Abraham demeurât dans la maison de son père, ou qu’Israël habitât en Égypte. C’est en renonçant, non seulement à ce dont on peut prouver que c’est un péché, mais à tout ce qui peut empêcher la pleine intensité de notre abandon entre les mains de Dieu pour qu’il nous rende saints, que se manifeste l’esprit de séparation.
Apprenons les leçons que cette vérité suggère. Nous devons connaître le besoin de la séparation. Ce n’est pas une exigence arbitraire de Dieu, mais elle a son fondement dans la nature même des choses. Séparer une chose, c’est la libérer pour un usage ou un but particulier, afin qu’elle puisse, d’une puissance non partagée, accomplir la volonté de celui qui l’a choisie, et réaliser ainsi sa destinée. C’est le principe qui est à la racine de toute division du travail ; une séparation complète pour une seule branche d’étude ou de labeur est le chemin du succès et de la perfection. J’ai devant moi une forêt de chênes dont les arbres s’élancent tout droits, serrés les uns contre les autres. À la lisière, il y a un arbre séparé de ses compagnons ; son tronc épais et ses branches largement étalées prouvent combien le fait d’être séparé, et d’avoir un vaste terrain réservé à son propre usage, sur lequel racines et branches peuvent s’étendre, est le secret de sa croissance et de sa grandeur. Nos forces humaines sont limitées ; si Dieu doit prendre pleine possession, si nous devons pleinement jouir de lui, la séparation pour lui n’est rien d’autre que la condition simple, naturelle, indispensable. Dieu nous veut tout entiers à lui, afin de se donner tout entier à nous.
Nous devons connaître le but de la séparation. Il se trouve dans ce que Dieu a dit : « Vous serez saints pour moi, car je suis saint, moi, l’Éternel ; je vous ai séparés des peuples, afin que vous soyez à moi. » Dieu nous a séparés pour lui-même dans le sens le plus profond du mot ; afin d’entrer en nous, et de se manifester lui-même en nous. Sa sainteté est la somme et le centre de toutes ses perfections ; c’est pour nous rendre saints comme lui-même qu’il nous a séparés. La séparation n’a jamais de valeur en elle-même ; elle peut devenir tout à fait mauvaise ou nuisible ; tout dépend de l’objet proposé. C’est à mesure que Dieu nous saisit et prend pleine possession de nous, que la vie éternelle en Christ domine tout notre être, que le Saint-Esprit coule pleinement et librement à travers nous, en sorte que nous demeurions en Dieu et Dieu en nous, que la séparation sera, non pas une affaire d’ordonnances et d’observances, mais une réalité spirituelle. Et c’est à mesure que ce dessein de Dieu est vu, accepté et poursuivi, que les questions difficiles — de quoi devons-nous être séparés, et combien de sacrifice la séparation exige-t-elle — trouveront une réponse facile. Dieu sépare de tout ce qui ne nous conduit pas dans sa sainteté et sa communion.
Nous avons besoin, par-dessus tout, de connaître la puissance de la séparation, la puissance qui nous y introduit dans l’esprit du désir et de la joie, de la liberté et de l’amour. Le grand mot séparateur du langage humain est le mot À moi. En lui, nous avons le grand ressort de l’effort et du bonheur : chez l’enfant avec ses jouets, dans le travail avec ses gains et ses récompenses, chez le patriote qui meurt pour sa patrie, c’est ce À moi qui met la main sur ce qu’il met à part de tout le reste. C’est le grand mot dont use l’amour. Que ce soit l’enfant qui dit à sa mère : Ma maman à moi, et suscite la réponse : Mon enfant à moi ; l’époux qui arrache la jeune fille à sa maison bien-aimée et à ses parents pour qu’elle devienne sienne ; ou le Dieu saint qui parle : « Je vous ai séparés des peuples, afin que vous soyez à moi » ; c’est toujours par ce À moi que l’amour exerce sa puissante force, et attire tout le reste à lui. Dieu lui-même ne connaît pas d’argument plus puissant, ne peut déployer d’attrait plus fort que celui-ci : « afin que vous soyez à moi ». Et la puissance de la séparation viendra à nous, et agira en nous, à mesure que nous nous appliquerons à étudier et à réaliser ce saint dessein, à écouter et à nous approprier ce merveilleux À moi, à être saisis et possédés par cet Amour tout-puissant.
Étudions pas à pas le chemin merveilleux par lequel l’Amour divin accomplit son œuvre de séparation. Dans la rédemption, il prépare la voie. Israël est séparé de l’Égypte par le sang de l’Agneau et la colonne de feu qui le guide. Dans son commandement — « Sortez du milieu d’eux, et séparez-vous » —, il éveille l’homme à l’action ; dans ses promesses — « Je serai votre Dieu » —, il stimule le désir et fortifie la foi. Dans tous les saints et serviteurs de Dieu, et enfin en Celui qui était saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, il montre le chemin. Dans la puissance du Saint-Esprit, l’Esprit de Sainteté, il scelle la séparation par la Présence du Dieu qui habite en nous. Voilà, en vérité, la puissance de la séparation. Le pouvoir séparateur de la Présence de Dieu : voilà ce qu’il nous faut connaître. « Comment sera-t-il donc certain que j’ai trouvé grâce à tes yeux, moi et ton peuple ? » dit Moïse : « Ne sera-ce pas quand tu marcheras avec nous, et quand nous serons distingués, moi et ton peuple, de tous les peuples qui sont sur la face de la terre ? » C’est la conscience de la Présence de Dieu habitant en nous, qui nous fait et nous garde tout à lui, qui opère la véritable séparation d’avec le monde et son esprit, d’avec nous-mêmes et notre propre volonté. Et c’est à mesure que cette séparation est acceptée, prisée et poursuivie par nous, que la sainteté de Dieu entrera et prendra possession. Et nous comprendrons qu’être la propriété du Seigneur, un peuple qui est le sien, est infiniment plus que d’être simplement compté ou reconnu comme à lui, que cela ne signifie rien de moins que ceci : Dieu, dans la puissance et l’habitation du Saint-Esprit, remplit notre être, nos affections et notre volonté de sa propre vie et de sa propre sainteté. Il nous sépare pour lui-même, et nous sanctifie pour être sa demeure. Il vient lui-même prendre possession personnelle par l’habitation de Christ dans le cœur. Et nous sommes alors véritablement séparés, et gardés séparés, par la présence de Dieu au-dedans de nous.
Soyez saints, car je suis saint.
Ô mon Dieu ! toi qui m’as séparé pour toi-même, je t’en supplie, par ta puissante force, rends cette séparation divine réelle et véritable pour moi. Qu’au-dedans, dans les profondeurs de mon propre esprit, et au-dehors, dans toutes mes relations, la couronne de séparation de mon Dieu soit sur moi.
Je te prie tout particulièrement, ô mon Dieu, de rendre parfaite avec puissance la séparation d’avec le moi ! Que ta Présence, dans l’habitation de mon Seigneur Jésus, soit la puissance qui bannit le moi du trône. Je m’en suis détourné avec horreur ; ô mon Père, révèle pleinement ton Fils en moi ! c’est son intronisation dans mon cœur qui peut me garder comme étant à toi, à mesure que lui-même prend la place du moi.
Et donne-moi la grâce, Seigneur, dans ma vie extérieure, d’attendre une sagesse divine, afin que je sache rendre témoignage, pour ta gloire et pour ce dont ton peuple a besoin, à la félicité d’un abandon entier de tout pour Dieu, d’une séparation qui ne retient rien, pour être à lui et à lui seul.
Saint Seigneur Dieu ! visite ton peuple. Oh ! retire-les du monde et de la conformité à lui. Sépare, Seigneur, sépare les tiens pour toi-même. Sépare, Seigneur, le froment de la paille ; sépare, comme par le feu, l’or des scories ; afin que l’on voie qui sont au Seigneur, ses saints mêmes. Amen.
1. L’amour sépare efficacement. Avec quelle jalousie un mari revendique sa femme, une mère ses enfants, un avare ses biens ! Priez pour que le Saint-Esprit vous montre comment Dieu vous a amené à lui, afin que vous soyez à lui. « C’est un Dieu saint ; c’est un Dieu jaloux. » L’amour de Dieu répandu dans le cœur rend la séparation facile.
2. La mort sépare efficacement. Si je me regarde comme véritablement mort en Christ, je suis séparé du moi par la puissance de la mort de Christ. La vie sépare plus puissamment encore. Lorsque je dis : « ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi », je suis élevé au-dessus de la vie du moi.
3. La séparation doit être manifeste ; elle est destinée à être un témoignage pour les autres et pour nous-mêmes ; elle doit trouver son expression dans l’extérieur, si elle doit être, au-dedans, réelle et forte. C’est le propre d’une action symbolique de ne pas seulement exprimer un sentiment, mais de nourrir et de fortifier le sentiment auquel elle correspond. Lorsque l’âme entre dans la communion de Dieu, elle ressent le besoin d’une séparation extérieure, parfois même d’avec ce qui paraît inoffensif aux autres. Si elle est animée de l’esprit d’une humble consécration à Dieu, l’extérieur peut être un grand affermissement de la véritable séparation.
4. La séparation pour Dieu et l’appropriation par lui vont de pair. Telle a été la bénédiction venue aux martyrs, aux confesseurs, aux missionnaires — à tous ceux qui ont donné une expression distincte au renoncement à tout.
5. La séparation commence dans l’amour et finit dans l’amour. L’esprit de séparation est l’esprit du sacrifice de soi, de l’abandon à l’amour de Dieu ; celui qui est vraiment séparé sera le plus aimant et le plus propre à gagner l’amour, livré au service de Dieu et des hommes. Ce qui sépare, ce qui distingue Jésus de tous les autres, n’est-ce pas son amour qui se sacrifie ? Telle est sa séparation, en laquelle nous devons être rendus semblables à lui.
6. La sainteté de Dieu est sa séparation ; entrons dans sa séparation d’avec le monde ; ce sera là notre sainteté. Unis-toi à Dieu. Alors tu es séparé et saint. Dieu sépare pour lui-même, non par un acte venu du dehors, mais à mesure que sa Volonté et sa Présence prennent possession de nous.