Chapitre 4 · 20 min de lecture
Des moyens de croire
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Préface de la seconde partie : Parler de ceux qui ont traité de cette matière.
J’admire avec quelle hardiesse ces personnes entreprennent de parler de Dieu. En adressant leurs discours aux impies, leur premier chapitre est de prouver la Divinité par les ouvrages de la nature. Je ne m’étonnerais pas de leur entreprise s’ils adressaient leurs discours aux fidèles, car il est certain [que ceux] qui ont la foi vive dedans le cœur voient incontinent que tout ce qui est n’est autre chose que l’ouvrage du Dieu qu’ils adorent. Mais pour ceux en qui cette lumière s’est éteinte, et dans lesquels on a dessein de la faire revivre, ces personnes destituées de foi et de grâce, qui, recherchant de toute leur lumière tout ce qu’ils voient dans la nature qui les peut mener à cette connaissance, ne trouvent qu’obscurité et ténèbres ; dire à ceux-là qu’ils n’ont qu’à voir la moindre des choses qui les environnent, et qu’ils verront Dieu à découvert, et leur donner, pour toute preuve de ce grand et important sujet, le cours de la lune et des planètes, et prétendre avoir achevé sa preuve avec un tel discours, c’est leur donner sujet de croire que les preuves de notre religion sont bien faibles ; et je vois par raison et par expérience que rien n’est plus propre à leur en faire naître le mépris.
Ce n’est pas de cette sorte que l’Écriture, qui connaît mieux les choses qui sont de Dieu, en parle. Elle dit au contraire que Dieu est un Dieu caché ; et que, depuis la corruption de la nature, il les a laissés dans un aveuglement dont ils ne peuvent sortir que par Jésus-Christ, hors duquel toute communication avec Dieu est ôtée : Nemo novit Patrem, nisi Filius, et cui voluerit Filius revelare.
C’est ce que l’Écriture nous marque, quand elle dit en tant d’endroits que ceux qui cherchent Dieu le trouvent. Ce n’est point de cette lumière qu’on parle, comme le jour en plein midi. On ne dit point que ceux qui cherchent le jour en plein midi, ou de l’eau dans la mer, en trouveront ; et ainsi il faut bien que l’évidence de Dieu ne soit pas telle dans la nature ; aussi elle nous dit ailleurs : Vere tu es Deus absconditus.
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C’est une chose admirable que jamais auteur canonique ne s’est servi de la nature pour prouver Dieu. Tous tendent à le faire croire. David, Salomon, etc., jamais n’ont dit : Il n’y a point de vide, donc il y a un Dieu. Il fallait qu’ils fussent plus habiles que les plus habiles gens qui sont venus depuis, qui s’en sont tous servis. Cela est très considérable.2
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Eh quoi ! ne dites-vous pas vous-même que le ciel et les oiseaux prouvent Dieu ? — Non. — Et votre religion ne le dit-elle pas ? — Non. Car encore que cela est vrai en un sens pour quelques âmes à qui Dieu donne cette lumière, néanmoins cela est faux à l’égard de la plupart.
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Il y a trois moyens de croire : la raison, la coutume, l’inspiration. La religion chrétienne, qui seule a la raison, n’admet pas pour ses vrais enfants ceux qui croient sans inspiration ; ce n’est pas qu’elle exclue la raison et la coutume, au contraire ; mais il faut ouvrir son esprit aux preuves, s’y confirmer par la coutume, mais s’offrir par les humiliations aux inspirations, qui seules peuvent faire le vrai et salutaire effet : Ne evacuetur crux Christi.
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Ordre. — Après la lettre qu’on doit chercher Dieu faire la lettre d’ôter les obstacles, qui est le discours de la machine, de préparer la machine, de chercher par raison.
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Ordre. — Une lettre d’exhortation à un ami pour le porter à chercher. — Et il répondra : mais à quoi me servira de chercher ? rien ne paraît. — Et lui répondre : ne désespérez pas. — Et il répondrait qu’il serait heureux de trouver quelque lumière, mais que, selon cette religion même, quand il croirait ainsi, cela ne lui servirait de rien, et qu’ainsi il aime autant ne point chercher. — Et à cela lui répondre : la machine.
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Lettre qui marque l’utilité des preuves par la machine. — La foi est différente de la preuve : l’une est humaine, l’autre est un don de Dieu. Justus ex fide vivit : c’est de cette foi que Dieu lui-même met dans le cœur, dont la preuve est souvent l’instrument, fides ex auditu ; mais cette foi est dans le cœur, et fait dire non scio, mais credo.
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C’est être superstitieux, de mettre son espérance dans les formalités ; mais c’est être superbe, de ne vouloir s’y soumettre.
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Il faut que l’extérieur soit joint à l’intérieur pour obtenir de Dieu ; c’est-à-dire que l’on se mette à genoux, prie des lèvres, etc., afin que l’homme orgueilleux, qui n’a voulu se soumettre à Dieu, soit maintenant soumis à la créature. Attendre de cet extérieur le secours est être superstitieux, ne vouloir pas le joindre à l’intérieur est être superbe.
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Les autres religions, comme les païennes, sont plus populaires, car elles sont en extérieur ; mais elles ne sont pas pour les gens habiles. Une religion purement intellectuelle serait plus proportionnée aux habiles ; mais elle ne servirait pas au peuple. La seule religion chrétienne est proportionnée à tous, étant mêlée d’extérieur et d’intérieur. Elle élève le peuple à l’intérieur, et abaisse les superbes à l’extérieur ; et n’est pas parfaite sans les deux, car il faut que le peuple entende l’esprit de la lettre, et que les habiles soumettent leur esprit à la lettre.
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Car il ne faut pas se méconnaître : nous sommes automate autant qu’esprit ; et de là vient que l’instrument par lequel la persuasion se fait n’est pas la seule démonstration. Combien y a-t-il peu de choses démontrées ! Les preuves ne convainquent que l’esprit ; la coutume fait nos preuves les plus fortes et les plus crues ; elle incline l’automate, qui entraîne l’esprit sans qu’il y pense. Qui a démontré qu’il sera demain jour, et que nous mourrons ? et qu’y a-t-il de plus cru ? C’est donc la coutume qui nous en persuade ; c’est elle qui fait tant de chrétiens, c’est elle qui fait les Turcs, les païens, les métiers, les soldats, etc. (Il y a la foi reçue dans le baptême aux Chrétiens de plus qu’aux païens.) Enfin il faut avoir recours à elle quand une fois l’esprit a vu où est la vérité, afin de nous abreuver et nous teindre de cette créance, qui nous échappe à toute heure ; car d’en avoir toujours les preuves présentes, c’est trop d’affaire. Il faut acquérir une créance plus facile, qui est celle de l’habitude, qui, sans violence, sans art, sans argument, nous fait croire les choses, et incline toutes nos puissances à cette croyance, en sorte que notre âme y tombe naturellement. Quand on ne croit que par la force de la conviction, et que l’automate est incliné à croire le contraire, ce n’est pas assez. Il faut donc faire croire nos deux pièces : l’esprit, par les raisons, qu’il suffit d’avoir vues une fois en sa vie ; et l’automate, par la coutume, et en ne lui permettant pas de s’incliner au contraire. Inclina cor meum, Deus.
La raison agit avec lenteur, et avec tant de vues, sur tant de principes, lesquels il faut qu’ils soient toujours présents, qu’à toute heure elle s’assoupit ou s’égare, manque d’avoir tous ses principes présents. Le sentiment n’agit pas ainsi : il agit en un instant, et toujours est prêt à agir. Il faut donc mettre notre foi dans le sentiment ; autrement elle sera toujours vacillante.
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Deux excès : exclure la raison, n’admettre que la raison.
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Ce n’est pas une chose rare qu’il faille reprendre le monde de trop de docilité ; c’est un vice naturel comme l’incrédulité et aussi pernicieux. Superstition.
255
La piété est différente de la superstition.
Soutenir la piété jusqu’à la superstition, c’est la détruire.
Les hérétiques nous reprochent cette soumission superstitieuse ; c’est faire ce qu’ils nous reprochent.
Impiété, de ne pas croire l’Eucharistie, sur ce qu’on ne la voit pas.
Superstition de croire des propositions, etc.
Foi, etc.
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Il y a peu de vrais Chrétiens, je dis même pour la foi ; il y en a bien qui croient, mais par superstition ; il y en a bien qui ne croient pas, mais par libertinage : peu sont entre deux.
Je ne comprends pas en cela ceux qui sont dans la véritable piété de mœurs, et tous ceux qui croient par un sentiment du cœur.
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Il y a trois sortes de personnes : les uns qui servent Dieu, l’ayant trouvé ; les autres qui s’emploient à le chercher, ne l’ayant pas trouvé ; les autres qui vivent sans le chercher ni l’avoir trouvé. Les premiers sont raisonnables et heureux, les derniers sont fous et malheureux, ceux du milieu sont malheureux et raisonnables.
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Unusquisque sibi Deum fingit.
Le dégoût.
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Le monde ordinaire a le pouvoir de ne pas songer à ce qu’il ne veut pas songer : ne pensez pas aux passages du Messie, disait le Juif à son fils. — Ainsi font les nôtres souvent ; ainsi se conservent les fausses religions, et la vraie même, à l’égard de beaucoup de gens.
Mais il y en a qui n’ont pas le pouvoir de s’empêcher ainsi de songer, et qui songent d’autant plus qu’on l’aura défendu. Ceux-là se défont des fausses religions, et de la vraie même, s’ils ne trouvent des discours solides.
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Ils se cachent dans la presse, et appellent le nombre à leur secours. Tumulte.
L’autorité. — Tant s’en faut que d’avoir ouï-dire une chose soit la règle de votre créance, que vous ne devez rien croire sans vous mettre en l’état comme si jamais vous ne l’aviez ouï.
C’est le consentement de vous à vous-même, et la voix constante de votre raison, et non des autres, qui vous doit faire croire.
Le croire est si important ! Cent contradictions seraient vraies.
Si l’antiquité était la règle de la créance, les anciens étaient donc sans règle ? Si le consentement général, si les hommes étaient péris ?
Fausse humilité, orgueil.
Levez le rideau. Vous aurez beau faire ; si faut-il ou croire, ou nier, ou douter. N’aurons-nous donc pas de règle ? Nous jugeons des animaux qu’ils font bien ce qu’ils font. N’y aura-t-il point une règle pour juger des hommes ?
Nier, croire, et douter bien, sont à l’homme ce que le courir est au cheval.
Punition de ceux qui pèchent, erreur.
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Ceux qui n’aiment pas la vérité prennent le prétexte de la contestation en la multitude de ceux qui la nient ; et ainsi leur erreur ne vient que de ce qu’ils n’aiment pas la vérité ou la charité, et ainsi ils ne s’en sont pas excusés.
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Superstition et concupiscence.
Scrupules, désirs mauvais.
Crainte mauvaise : crainte, non celle qui vient de ce qu’on croit Dieu, mais celle de ce qu’on doute s’il est ou non. La bonne crainte vient de la foi, la fausse crainte vient du doute. La bonne crainte, jointe à l’espérance, parce qu’elle naît de la foi, et qu’on espère au Dieu que l’on croit ; la mauvaise, jointe au désespoir, parce qu’on craint le Dieu auquel on n’a point de foi. Les uns craignent de le perdre ; les autres craignent de le trouver.
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Un miracle, dit-on, affermirait ma créance. On le dit quand on ne le voit pas. Les raisons qui, étant vues de loin, paraissent borner notre vue, mais quand on y est arrivé, on commence à voir encore au delà ; rien n’arrête la volubilité de notre esprit. Il n’y a point, dit-on, de règle qui n’ait quelque exception, ni de vérité si générale qui n’ait quelque face par où elle manque. Il suffit qu’elle ne soit pas absolument universelle, pour nous donner sujet d’appliquer l’exception au sujet présent, et de dire : cela n’est pas toujours vrai ; donc il y a des cas où cela n’est pas. Il ne reste plus qu’à montrer que celui-ci en est ; et c’est à quoi on est bien maladroit ou bien malheureux si on ne trouve quelque jour.
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On ne s’ennuie point de manger et dormir tous les jours, car la faim renaît, et le sommeil ; sans cela on s’en ennuierait. Ainsi, sans la faim des choses spirituelles, on s’en ennuie : faim de la justice, béatitude huitième.
265
La foi dit bien ce que les sens ne disent pas, mais non pas le contraire de ce qu’ils voient ; elle est au-dessus, et non pas contre.
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Combien les lunettes nous ont-elles découvert d’astres qui n’étaient point pour nos philosophes d’auparavant ! On entreprenait franchement l’Écriture sainte sur le grand nombre des étoiles, en disant : Il n’y en a que mille vingt-deux, nous le savons.
Il y a des herbes sur la terre ; nous les voyons. — De la lune on ne les verrait pas. — Et sur ces herbes des poils ; et dans ces poils de petits animaux ; mais après cela, plus rien. — Ô présomptueux ! — Les mixtes sont composés d’éléments ; et les éléments, non. — Ô présomptueux, voici un trait délicat. Il ne faut pas dire qu’il y a ce qu’on ne voit pas. — Il faut donc dire comme les autres, mais ne pas penser comme eux.
267
La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent ; elle n’est que faible, si elle ne va jusqu’à connaître cela.
Que si les choses naturelles la surpassent, que dira-t-on des surnaturelles ?
268
Soumission. — Il faut savoir douter où il faut, assurer où il faut, et se [soumettre] où il faut. Qui ne fait ainsi n’entend pas la force de la raison. Il y [en] a qui taillent contre ces trois principes, ou en assurant tout comme démonstratif, manque de se connaître en démonstration ; ou en doutant de tout, manque de savoir où il faut se soumettre ; ou en se soumettant en tout, manque de savoir où il faut juger.
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Soumission et usage de la raison, en quoi consiste le vrai christianisme.
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Saint Augustin : la raison ne se soumettrait jamais, si elle ne jugeait qu’il y a des occasions où elle se doit soumettre. Il est donc juste qu’elle se soumette, quand elle juge qu’elle se doit soumettre.
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La Sagesse nous envoie à l’enfance : Nisi efficiamini sicut parvuli.
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Il n’y a rien de si conforme à la raison que ce désaveu de la raison.
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Si on soumet tout à la raison, notre religion n’aura rien de mystérieux et de surnaturel ; si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule.
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Tout notre raisonnement se réduit à céder au sentiment.
Mais la fantaisie est semblable et contraire au sentiment, de sorte qu’on ne peut distinguer entre ces contraires. L’un dit que mon sentiment est fantaisie, l’autre que sa fantaisie est sentiment. Il faudrait avoir une règle ; la raison s’offre, mais elle est ployable à tous sens, et ainsi il n’y en a point.
275
Les hommes prennent souvent leur imagination pour leur cœur ; et ils croient être convertis dès qu’ils pensent à se convertir.
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M. de Roannez disait : Les raisons me viennent après, mais d’abord la chose m’agrée ou me choque sans en savoir la raison, et cependant cela me choque par cette raison que je ne découvre qu’ensuite. — Mais je crois, non pas que cela choquait par ces raisons qu’on trouve après, mais qu’on ne trouve ces raisons que parce que cela choque.
277
Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point ; on le sait en mille choses. Je dis que le cœur aime l’être universel naturellement, et soi-même naturellement, selon qu’il s’y adonne ; et il se. durcit contre l’un ou l’autre, à son choix. Vous avez rejeté l’un et conservé l’autre : est-ce par raison que vous vous aimez ?
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C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison : voilà ce que c’est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison.
279
La foi est un don de Dieu ; ne croyez pas que nous disions que c’est un don de raisonnement. Les autres religions ne disent pas cela de leur foi ; elles ne donnaient que le raisonnement pour y arriver, qui n’y mène pas néanmoins.
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Qu’il y a loin de la connaissance de Dieu à l’aimer !
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Cœur, instinct, principes.
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Nous connaissons la vérité, non seulement par la raison, mais encore par le cœur ; c’est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes, et c’est en vain que le raisonnement, qui n’y a point de part, essaye de les combattre. Les pyrrhoniens, qui n’ont que cela pour objet, y travaillent inutilement ; nous savons que nous ne rêvons point, quelque impuissance où nous soyons de le prouver par raison : cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, mais non pas l’incertitude de toutes nos connaissances, comme ils prétendent. Car la connaissance des premiers principes, comme qu’il y a espace, temps, mouvement, nombres, [est] aussi ferme qu’aucune de celles que nos raisonnements nous donnent. Et c’est sur ces connaissances du cœur et de l’instinct qu’il faut que la raison s’appuie, et qu’elle y fonde tout son discours. Le cœur sent qu’il y a trois dimensions dans l’espace, et que les nombres sont infinis ; et la raison démontre ensuite qu’il n’y a point deux nombres carrés dont l’un soit double de l’autre. Les principes se sentent, les propositions se concluent ; et le tout avec certitude, quoique par différentes voies. Et il est aussi inutile et aussi ridicule que la raison demande au cœur des preuves de ces premiers principes, pour vouloir y consentir, qu’il serait ridicule que le cœur demandât à la raison un sentiment de toutes les propositions qu’elle démontre, pour vouloir les recevoir.
Cette impuissance ne doit donc servir qu’à humilier la raison, qui voudrait juger de tout, mais non pas à combattre notre certitude, comme s’il n’y avait que la raison capable de nous instruire. Plût à Dieu que nous n’en eussions au contraire jamais besoin, et que nous connussions toutes choses par instinct et par sentiment ! Mais la nature nous a refusé ce bien ; elle ne nous a au contraire donné que très peu de connaissances de cette sorte ; toutes les autres ne peuvent être acquises que par raisonnement.
Et c’est pourquoi ceux à qui Dieu a donné la religion par sentiment du cœur sont bien heureux et bien légitimement persuadés. Mais [à] ceux qui ne l’ont pas, nous ne pouvons la donner que par raisonnement, en attendant que Dieu la leur donne par sentiment de cœur, sans quoi la foi n’est qu’humaine, et inutile pour le salut.
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L’ordre ; contre l’objection que l’Écriture n’a pas d’ordre. — Le cœur a son ordre ; l’esprit a le sien, qui est par principe et démonstration, le cœur en a un autre. On ne prouve pas qu’on doit être aimé, en exposant d’ordre les causes de l’amour : cela serait ridicule.
Jésus-Christ, saint Paul ont l’ordre de la charité, non de l’esprit ; car ils voulaient échauffer, non instruire ; Saint Augustin de même : cet ordre consiste principalement à la digression sur chaque point qu’on rapporte à la fin, pour la montrer toujours.
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Ne vous étonnez pas de voir des personnes simples croire sans raisonner ; Dieu leur donne l’amour de soi et la haine d’eux-mêmes, il incline leur cœur à croire. On ne croira jamais d’une créance utile et de foi, si Dieu n’incline le cœur ; et on croira dès qu’il l’inclinera ; et c’est ce que David connaissait bien : Inclina cor meum, in…
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La religion est proportionnée à toutes sortes d’esprits ; les premiers s’arrêtent au seul établissement ; et cette religion est telle que son seul établissement est suffisant pour en prouver la vérité. Les autres vont jusques aux apôtres. Les plus instruits vont jusqu’au commencement du monde. Les anges la voient encore mieux, et de plus loin.
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Ceux qui croient sans avoir lu les Testaments, c’est parce qu’ils ont une disposition intérieure toute sainte, et que ce qu’ils entendent dire de notre religion y est conforme. Ils sentent qu’un Dieu les a faits ; ils ne veulent aimer que Dieu ; ils ne veulent haïr qu’eux-mêmes. Ils sentent qu’ils n’en ont pas la force d’eux-mêmes, qu’ils sont incapables d’aller à Dieu, et que si Dieu ne vient à eux ils sont incapables d’aucune communication avec lui. Et ils entendent dire dans notre religion qu’il ne faut aimer que Dieu, et ne haïr que soi-même, mais qu’étant tous corrompus, et incapables de Dieu, Dieu s’est fait homme pour s’unir à nous. Il n’en faut pas davantage pour persuader des hommes qui ont cette disposition dans le cœur, et qui ont cette connaissance de leur devoir et de leur incapacité.
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Ceux que nous voyons Chrétiens sans la connaissance des prophéties et des preuves ne laissent pas d’en juger aussi bien que ceux qui ont cette connaissance. Ils en jugent par le cœur, comme les autres en jugent par l’esprit. C’est Dieu lui-même qui les incline à croire ; et ainsi ils sont très efficacement persuadés.
J’avoue bien qu’un de ces Chrétiens qui croient sans preuves n’aura peut-être pas de quoi convaincre un infidèle qui en dira autant de soi ; mais ceux qui savent les preuves de la religion prouveront sans difficulté que ce fidèle est véritablement inspiré de Dieu, quoiqu’il ne pût le prouver lui-même.
Car Dieu ayant dit dans ses prophéties (qui sont indubitablement prophéties) que dans le règne de Jésus-Christ il répandrait son esprit sur les nations, et que les fils, les filles et les enfants de l’Église prophétiseraient, il est sans doute que l’esprit de Dieu est sur ceux-là, et qu’il n’est point sur les autres.
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Au lieu de vous plaindre de ce que Dieu s’est caché, vous lui rendrez grâces de ce qu’il s’est tant découvert ; et vous lui rendrez grâces encore de ce qu’il ne s’est pas découvert aux sages superbes, indignes de connaître un Dieu si saint.
Deux sortes de personnes connaissent : ceux qui ont le cœur humilié, et qui aiment la bassesse, quelque degré d’esprit qu’ils aient, haut ou bas ; ou ceux qui ont assez d’esprit pour voir la vérité, quelque opposition qu’ils y aient.
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Preuve. — 1o La religion chrétienne, par son établissement, si fortement, si doucement, étant si contraire à la nature. — 2o La sainteté, la hauteur et l’humilité d’une âme chrétienne. — 3o Les merveilles de l’Écriture sainte. — 4o Jésus-Christ en particulier. — 5o Les apôtres en particulier. — 6o Moïse et les prophètes en particulier. — 7o Le peuple juif. — 8o Les prophéties. — 9o La perpétuité : nulle religion n’a la perpétuité. — 10o La doctrine, qui rend raison de tout. — 11o La sainteté de cette loi. — 12o Par la conduite du monde.
Il est indubitable qu’après cela on ne doit pas refuser, en considérant ce que c’est que la vie, et que cette religion, de suivre l’inclination de la suivre, si elle nous vient dans le cœur ; et il est certain qu’il n’y a nul lieu de se moquer de ceux qui la suivent.
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Preuves de la religion : Morale — Doctrine — Miracles — Prophéties — Figures.
Chapitre 4 terminé
Des moyens de croire